


Bayonne est la seule ville française dont le nom est protégé par une IGP charcutière depuis octobre 1998, et l'une des premières à avoir industrialisé la fabrication du chocolat en France au XVIIe siècle.
Sa Foire au Jambon, fondée en 1462, en est à sa 563e édition. Trois faits, six siècles, et une réalité quotidienne : la gastronomie n'est pas un folklore touristique à Bayonne, c'est la matrice qui structure ses rues, ses commerces et son calendrier. Cet article raconte la ville par ce qu'elle mange, et par ce que cela change quand on y vit.
Bayonne est considérée comme une ville de gastronomie parce que deux de ses productions, le jambon et le chocolat, sont devenues des marqueurs nationaux dès les XVIIe et XVIIIe siècles, et qu'elles s'inscrivent dans une histoire continue, datée et institutionnellement reconnue. Le jambon de Bayonne est cité par Rabelais dans Gargantua au XVIe siècle, et le chocolat de Bayonne apparaît sur la première carte gastronomique de France publiée en 1809.
La ville porte par ailleurs le label Ville d'art et d'histoire depuis janvier 2011, décerné par le ministère de la Culture, qui inclut le patrimoine immatériel dans son périmètre.
Cette réputation s'appuie sur trois piliers qui se renforcent mutuellement:
La réputation gastronomique de Bayonne repose sur trois ancrages vérifiables :
Le label Ville d'art et d'histoire (2011) reconnaît également ce patrimoine immatériel.
Le jambon de Bayonne est un jambon cru sec, salé au sel des salines du bassin de l'Adour, et séché pendant 7 mois minimum. Son aire géographique de production est strictement délimitée par le cahier des charges IGP homologué en 1998 puis modifié en 2020. C'est le jambon sec le plus consommé en France et il représente environ 20% de la production nationale française de jambon cru.
La zone de salaison correspond au bassin de l'Adour, composé du département des Pyrénées-Atlantiques et des cantons limitrophes des Landes, du Gers et des Hautes-Pyrénées. Les porcs, eux, sont nés et élevés dans 22 départements du Sud-Ouest, en Nouvelle-Aquitaine, Occitanie et Cantal. Le sel utilisé pour la salaison provient des salines de Salies-de-Béarn, dont l'exploitation a été reprise par le Consortium en janvier 2011.
La Confrérie du Jambon de Bayonne, créée en 1960, a précédé l'IGP de près de quarante ans dans la défense de l'appellation contre les jambons d'imitation. Aujourd'hui, le Consortium du Jambon de Bayonne fédère les éleveurs, abatteurs et salaisonniers de la filière. Chaque jambon est tracé, et porte sur la couenne le lauburu, la croix basque, ainsi que le logo IGP rouge européen.
Ce que cela change pour la ville : Bayonne accueille chaque année, autour des fêtes de Pâques, la Foire au Jambon. La 563e édition s'est tenue du 23 au 26 avril 2026, sur l'esplanade Roland-Barthes, au Carreau des Halles et le long des quais de la Nive. Sur quatre jours, la ville change de visage : circulation modifiée, places transformées en chapiteaux, salaisonniers en démonstration de découpe, concours du meilleur jambon fermier, défilé des confréries.
Le chocolat est arrivé à Bayonne au XVIIe siècle, apporté par les Juifs séfarades chassés d'Espagne par le décret de l'Alhambra en 1492, puis du Portugal en 1496. Réfugiés dans le quartier Saint-Esprit, alors hors des murs de Bayonne et rattaché aux Landes, ils maîtrisaient déjà le commerce des fèves de cacao et les techniques de transformation.
L'édit de Louis XIV de 1656 les autorise à s'installer en France et à exercer le commerce, à condition, à Bayonne, de se cantonner à la fabrication du chocolat. La corporation des chocolatiers bayonnais est officiellement instituée en 1761. Au moment du rattachement de Saint-Esprit à Bayonne en 1857, on comptait 32 fabricants de chocolat dans la cité, selon l'Office de Tourisme de Bayonne.
Aujourd'hui, six maisons sont membres de l'Académie du Chocolat de Bayonne, fondée en 1993.
Trois sont historiques :
Trois sont plus récentes :
Pour en être membre, un chocolatier doit posséder un laboratoire dans la ville. La technique dite "à la Bayonnaise" repose sur deux tiers de cacao à 66% minimum, un tiers de sucre et une épice unique, vanille, piment, clou de girofle ou muscade. C'est un chocolat noir, puissant, peu sucré, identifiable dans toute l'Europe chocolatière dès le XVIIIe siècle.
Le jambon et le chocolat sont les deux signatures bayonnaises, mais la ville sert de vitrine commerciale à l'ensemble des productions sous appellation du Pays Basque. Quatre AOP basques structurent ce paysage, auxquelles s'ajoute l'IGP du jambon de Bayonne.
Le tableau ci-dessous récapitule les labels officiels présents sur les tables et étals bayonnais, avec leur année d'obtention et leur aire de production.
| Produit | Label | Année d'obtention | Aire de production |
|---|---|---|---|
| Jambon de Bayonne | IGP | Octobre 1998 | Bassin de l'Adour |
| Vin d'Irouléguy | AOC | 1970 | Vallée de la Nive, 270 hectares |
| Ossau-Iraty | AOC puis AOP | 1980, AOP en 1996 | Pays Basque et Béarn |
| Piment d'Espelette | AOC puis AOP | 2000, AOP en 2002 | 10 communes du Labourd |
| Porc Kintoa | AOP | 2016 | Pays Basque |
À ces produits sous appellation s'ajoutent des spécialités sans label mais profondément ancrées dans la culture culinaire bayonnaise : le taloa, galette de farine de maïs dégustée avec ventrèche et fromage de brebis ou chocolat de Bayonne, le gâteau basque, la pipérade, l'axoa de veau, le poulet basquaise, les pintxos servis dans les bars du Petit Bayonne, les kanouga et les mouchous.
La cidrerie, héritée du Pays Basque sud, s'invite aussi dans la ville, avec ses menus traditionnels autour de l'omelette à la morue et de la txuleta.
Bayonne sert de vitrine à quatre AOP basques (Ossau-Iraty, piment d'Espelette, Irouléguy, Kintoa) en plus de son IGP jambon. La diversité des produits sous signe officiel de qualité est rare en France pour une ville de cette taille, et structure une partie de son commerce alimentaire.
La ville historique se divise en trois ensembles séparés par la Nive et l'Adour : le Grand Bayonne, le Petit Bayonne et Saint-Esprit. Chacun porte une fonction gastronomique distincte, héritée de son histoire, et lisible aujourd'hui dans la distribution des commerces.
Le Grand Bayonne est le quartier des chocolatiers. C'est sous les arcades de la rue Port-Neuf que se concentrent les boutiques historiques, dont Cazenave, Daranatz et Pariès. Cette rue est elle-même un patrimoine architectural, avec ses maisons à arcades construites sur pilotis. Le Grand Bayonne est aussi celui de la Cathédrale Sainte-Marie, inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco en 1998 au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Le Petit Bayonne est le quartier des bars à pintxos et des cidreries inspirées du Pays Basque sud. C'est là que se vivent les soirées de poteo, cette tradition de bar en bar avec un verre et une bouchée à chaque arrêt. Au cœur du Petit Bayonne, l'atelier de salaison Pierre Ibaïalde propose des visites guidées avec dégustation dans une salle d'affinage où sont suspendus environ 800 jambons.
Saint-Esprit, rive droite de l'Adour, est le quartier historique du chocolat. C'est là que se sont installés les Juifs séfarades au XVIIe siècle, et là que furent ouvertes les premières chocolateries de la ville. Le quartier est plus discret aujourd'hui, moins touristique que le Grand et le Petit Bayonne, mais il porte la mémoire originelle de la spécialité.
Les Halles de Bayonne, sur la rive gauche de la Nive, constituent le centre de gravité quotidien de cette géographie gourmande. C'est là que se croisent producteurs, restaurateurs et habitants, et c'est autour d'elles que se tiennent les concours pendant la Foire au Jambon.
Trois quartiers historiques, trois fonctions gastronomiques :
Deux événements transforment la ville chaque année, l'un au printemps, l'autre à l'automne. La Foire au Jambon, en avril, est l'un des plus anciens événements urbains de France encore en activité. Bayonne fête son chocolat, organisée par l'Académie du Chocolat de Bayonne, se tient autour du premier week-end de novembre.
La Foire au Jambon est organisée depuis 1462, par décision de Louis XI. Elle se tient sur quatre jours autour du week-end pascal, hors vacances scolaires de l'académie de Bordeaux. L'édition 2026, du 23 au 26 avril, était la 563e. Le programme s'articule autour du concours du meilleur jambon fermier, dont les trois lauréats sont mis aux enchères pendant l'événement, d'un chapiteau des salaisonniers, d'un village du patrimoine culinaire qui présente les autres AOP basques, de démonstrations de découpe, d'ateliers culinaires et du concours d'omelettes au jambon. Une petite ferme pédagogique accueille les familles.
Bayonne fête son chocolat est organisé par l'Académie du Chocolat de Bayonne. L'édition 2025 s'est tenue du 31 octobre au 2 novembre, avec le Costa Rica comme invité d'honneur. La programmation associe dégustations, fontaine à chocolat, ateliers, expositions historiques et accords mets et chocolat, notamment avec les vins d'Irouléguy. L'événement se déploie dans plusieurs lieux du centre, dont la Casemate Saint-Léon, le cloître de la cathédrale et la médiathèque, ainsi que chez les chocolatiers partenaires comme Monsieur Txokola et le Musée du Chocolat.
Pendant ces deux temps forts, la ville fonctionne en régime spécial : circulation modifiée, parkings dédiés, commerces qui prolongent leurs horaires, et une affluence qui change la physionomie du centre. C'est un trait à connaître quand on envisage d'habiter en cœur de ville.



